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Guerre au Moyen-Orient : face au choc pétrolier, Sébastien Lecornu contraint de changer de cap

Par David Cosnard. Publié aujourd’hui à 16h11.

Malgré les difficultés financières de l’État, le premier ministre devrait dévoiler de nouvelles mesures de soutien à l’activité dans les prochains jours.

Le gouvernement doit annoncer « en début de semaine prochaine », de nouvelles mesures pour soutenir l’économie française, fragilisée par la hausse des prix du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient. L’exécutif veut éviter une récession, alors que la croissance est déjà à l’arrêt et que le déficit public se creuse.

La croissance nulle au premier trimestre, dévoilée le 30 avril par l’Insee, semble avoir provoqué, ou accéléré, un basculement politique. En début d’année, le gouvernement avait encore engrangé quelques bonnes nouvelles. Malgré les droits de douane imposés par Donald Trump, l’économie tricolore avait plutôt bien résisté en 2025. Les recettes fiscales avaient été meilleures qu’attendu. Le déficit avait diminué plus vite que prévu. De quoi rendre crédibles les objectifs de croissance et de déficit fixés pour 2026.

Mais, en février, tout est balayé. L’offensive israélo-américaine en Iran crée la panique. Puis le
cessez-le-feu, conclu le 8 avril, fait redescendre les cours du pétrole, et renaître l’espoir d’un
apaisement durable. Peut-être cette guerre ne va-t-elle constituer sur le plan économique qu’une
malheureuse parenthèse, veulent alors croire certains.

Un tel vœu paraît aujourd’hui irréaliste. « Nous ne sommes pas loin d’un risque de reprise des
combats », a reconnu Sébastien Lecornu, mardi, en réponse à une question du chef de file du
groupe MoDem à l’Assemblée nationale, Marc Fesneau. Alors que le très critique détroit d’Ormuz
demeure bloqué, les stocks mondiaux de pétrole se rapprochent de leur plus bas niveau en huit ans.
« Les risques de pénurie les plus immédiats concernent les matières premières pétrochimiques et
le kérosène », avancent les analystes de Goldman Sachs. Sur les marchés financiers, le baril de brent
de la mer du Nord est remonté à 110 dollars et au-delà, soit 45 % de plus qu’en début d’année.
Aucune chance que les prix à la pompe retombent rapidement à leur niveau d’avant la crise.

L’économie française, qui tournait déjà au ralenti avant la guerre, risque donc de patiner
sérieusement. L’activité pourrait rester « atone » au deuxième trimestre, « rendant très improbable
l’objectif de croissance de 0,9 % qui a été retenu par le gouvernement pour 2026 », écrit l’économiste
Anthony Morlet-Lavidalie (Rexecode) dans une note publiée lundi. Selon lui, le produit intérieur brut
du pays pourrait plutôt progresser de 0,7 % cette année… sous réserve que le détroit d’Ormuz rouvre
avant l’été. Sinon, quelques mois de récession n’auraient rien d’impossible.

Les particuliers mis sur la touche

D’autant que l’onde de choc créée par le conflit commence à se propager dans l’économie. Après les
gros consommateurs de gaz, de pétrole et de carburant, premiers touchés, la hausse des prix ne
peut qu’atteindre la pétrochimie et ses nombreux clients, les engrais, donc les agriculteurs et
l’industrie agroalimentaire, etc. En France, l’inflation est déjà passée de 1,1 % sur un an en février à 2,5
% en avril, en données harmonisées européennes.

Panne de croissance, début de choc pétrolier, hausse des prix qui s’étend comme une tache
d’huile… Pour Matignon, il n’est plus possible de miser sur une accalmie rapide. « La géopolitique est
rentrée dans le réservoir de carburant des Françaises et des Français, et ne va pas en sortir
maintenant », a résumé Sébastien Lecornu devant les députés. « On entre dans une phase nouvelle,
commente un de ses conseillers. Elle nécessite d’analyser en détail les canaux de propagation de la
crise, d’identifier précisément les nouveaux secteurs touchés, et l’ampleur du phénomène. C’est
là-dessus que l’on travaille. »

Contraint par un déficit public et une dette parmi les plus élevés d’Europe, le premier ministre a
jusqu’à présent tenu très serrés les cordons de la bourse. Aucune baisse de la fiscalité, contrairement
à d’autres pays et malgré les demandes de partis comme le Rassemblement national. Quelques
aides ont bien été décidées, mais seulement pour une série de professionnels qui risquaient, sinon,
de se retrouver en grande difficulté : pêcheurs, agriculteurs, routiers, puis 3 millions de Français
utilisant beaucoup la voiture pour leur travail. Personne n’a encore rien reçu. Les premiers virements
devraient être faits cette semaine. La facture des mesures annoncées est estimée à 380 millions
d’euros, et 470 millions en incluant l’extension du chèque énergie et le prêt Flash Carburant.

A combien le « changement d’échelle » évoqué mardi portera-t-il la note ? Aucun chiffre ne circule
encore. « Le coût va augmenter, c’est évident », admet-on simplement à Matignon. Tout dépendra
des mesures prises. Seule certitude : à ce stade, il n’est pas question de distribuer des aides aux
particuliers. Il s’agit plutôt de soutenir l’activité des entreprises, d’aider « celles et ceux qui travaillent
», selon Sébastien Lecornu. Bref, d’éviter des faillites en série, une récession et une forte remontée du
chômage. Même pour les professionnels, les dispositifs vont demeurer « ciblés », secteur par secteur.

Le prix à payer de la guerre

L’heure n’est plus au « quoi qu’il en coûte » mis en œuvre lors de la pandémie de Covid-19. C’est que,
depuis, les caisses de l’Etat se sont vidées. Et que la crise actuelle les vide encore. La hausse des prix
des carburants a certes suscité des recettes fiscales supplémentaires de 270 millions d’euros en
mars. Mais, en avril, les recettes ont au contraire baissé de 77 millions. Le cumul sur deux mois – 193
millions d’euros – est loin de couvrir le coût des aides annoncées.

Surtout, la guerre alourdit les dépenses militaires de la France, ainsi que le montant des intérêts à
payer sur la dette. Les taux d’intérêt imposés par les investisseurs qui prêtent à l’Etat sont montés en
flèche. Certaines obligations sont, en outre, indexées sur une inflation en forte hausse. Résultat : au
premier trimestre, la charge de la dette a augmenté de 1,6 milliard d’euros, soit un bond de 37 %.

Au total, Matignon évalue à 6 milliards d’euros le coût de la guerre sur les finances publiques sur
l’ensemble de l’année. Pour tenir malgré tout son engagement de baisse du déficit, Sébastien
Lecornu a annoncé qu’il allait « mettre en réserve » , voire annuler, des crédits d’un montant
équivalent : 4 milliards d’euros côté Etat, 2 milliards côté Sécurité sociale. Quels ministères vont
trinquer, quelles dépenses sociales vont être réduites ? Le détail des économies à venir avait été
promis dans la semaine. Mais les arbitrages n’ont pas encore eu lieu, et les annonces seront sans
doute retardées. Il est toujours plus facile de dévoiler des bonnes nouvelles que des mauvaises.

A lire aussi : « Prix des carburants : les aides annoncées par Sébastien Lecornu coûteront 180 millions d’euros à l’Etat en mai, estime le ministre des comptes publics »

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