Sénégal : situation migratoire trouble dans les eaux européennes.

Les départs de migrants sénégalais vers l’Europe ne font que s’accroitre depuis cet été. Si les raisons de ces départs sont nombreuses, les côtes Européennes se placent comme des porteuses d’espoir quant à la quête d’une nouvelle vie. Cependant, les naufrages ainsi que les conditions de traversée maritimes inquiètent les gouvernements européens qui appellent le Sénégal à une surveillance plus ferme des frontières et à une régulation du flux migratoire de toute urgence.

« Guardia civil » espagnole et l’arrivée des migrants africains aux Canaries, 2021

Le trop plein des Canaries__________________________________

C’est un record qui a été enregistré lundi dernier dans les Iles Canaries. Les chiffres sont tombés : plus de 23 000 migrants depuis janvier 2023. Ces iles de l’Océan Atlantique se placent en réel point stratégique pour les Sénégalais afin d’atteindre les côtes européennes les plus proches. Si le taux de migrants sénégalais ne fait qu’accroître, le gouvernement espagnol lui croûle sous cet afflux. Depuis les 15 premiers jours d’octobre, on récence l’arrivée de 8561 migrants.  Les raisons de ce flux sont multiples. Entre pauvreté et violences, les Sénégalais fuient leur pays dans l’espoir de trouver un refuge en Europe.

Le ministre Sénégalais, Mahamat Abdoulaye lui, explique l’accroissement de ce flux en raison de la crise économique et sociale au Sahel qui persiste depuis 2022. Cette région sous-peuplée s’étend à travers l’Afrique (du Sénégal à Djibouti). Elle est une zone déstabilisée par les conflits liés au terrorisme, les effets du changement climatique et le manque de développement. Ainsi, les migrants sahéliens se rajoutent au flux sénégalais à destination de l’Europe. On constate par conséquent, que l’Espagne (et ses iles) est la destination favorisée par ces populations. Le ministre Espagnol Fernando Grande-Marlaska, n’en n’est plus aux discussions, il annonce le vol d’un avion à destination des côtes sénégalaises afin de contrôler les départs de migrants en mer atlantique.

Une traversée mortelle__________________________________

Le nombre de naufrage ne fait qu’augmenter depuis aout 2023. En octobre sur seulement trois jours, 605 sénégalais ont été secourus dans les eaux marocaines, à destination de l’Espagne. En effet, 1500 km séparent les côtes sénégalaises des canaries, soit 7 jours de traversée. En moyenne, selon certaines estimations, une pirogue sur trois n’arrive pas aux îles Canaries. Depuis le début de l’année, ces chiffres se multiplies. C’est en juillet 2023 que la situation déborde. Le 10 du mois, une embarcation clandestine quittait Bissau-Guinéen, au nord de la capitale sénégalaise, Dakar. Portée disparue, elle est retrouvée près d’un mois plus tard, le 16 aout, au large du Cap vert. Le bilan est lourd : 63 morts et 38 rescapés.

La colère gronde dans ce petit village de pêcheur endeuillé : ils reprochent aux autorités sénégalaises de « ne rien avoir fait pour secourir le bateau ». Ceux ne sont pas les seuls à s’inquiéter de la non réactivité du gouvernement africain. Des associations humanitaires s’alertent. Lors d’une interview donnée à RFI, Alexandre Guibert Lette, directeur de l’association exécutif de Teranga Lab, association citoyenne spécialisée sur les questions de changement climatique et ses conséquences sur la pêche locale, appelle les autorités locales à prendre des mesures immédiates. Le but étant de dissuader les départs et alerter la population quant à la dangerosité de la traversée. Faute de réaction, « la mer continuera malheureusement d’être un cimetière pour une bonne partie de la jeunesse africaine. »

Enfant tendu vers un bénévole de La Croix Rouge aux Canaries, 2021

Des mineurs à la mer__________________________________

Un point inquiète d’avantage le gouvernement sénégalais : l’augmentation de la part de mineurs. Les candidats à la traversée de l’Atlantique sont en effet de plus en plus jeunes. Hier, 170 migrants clandestins en provenance du Sénégal ont débarqué à El Hierro et à Ténérife en Espagne. Parmi eux on compte 36 mineurs. Les raisons de cette augmentation sont en partie politiques : le pays ne soutient pas une politique tournée vers la jeunesse et les opportunités n’étant pas suffisantes. Ainsi, plusieurs parents se retrouvent contraints d’envoyer leurs enfants clandestinement vers l’Europe dans l’espoir qu’ils y soient recueillis. C’est un mouvement désespérer de sauvetage de la jeunesse sénégalaise. La traversée ayant un coût extrêmement élevé pour les candidats, ces mineurs sont souvent non accompagnés, les parents priorisant l’arrivée de leurs enfants sur le sol Européen.

La ministre auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée des Sénégalais, Dr Annette Seck Ndiaye fait face à la situation et alerte lors d’un séminaire d’information donnée hier. Cette réunion portait sur toutes les questions qui concernent les Sénégalais de l’extérieur. Cette rencontre a eu lieu dans le cadre du renforcement des relations de travail avec l’Assemblée nationale. Ce travail s’effectuant à travers la Commission des affaires étrangères, des Sénégalais de l’extérieur et de l’intégration africaine du parlement. « Je voudrais attirer l’attention des parents qui convoient des mineurs parce que nous sommes dans un pays de droit où l’enfant et la famille sont protégés par un cadre législatif et réglementaire connu » -a-t-elle déclarée. Elle insiste alors sur l’illégalité de ces envois doublés du taux de mortalité de la traversé. Elle cherche à engager la responsabilité des parents bien que le désespoir et l’urgence prenne le dessus sur le raisonnement.

Le 27 juillet 2023, lord de la cérémonie de validation de la stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière (SNLMI), un nouveau programme de politique migratoire avait été évoqué. Il allie plusieurs dispositifs : un plan éducatif à visé dissuasive, un plan économique pour la création d’emploi et un plan de redynamisation des échanges entre le Sénégal et l’international : tout cela dans l’optique « de création d’un environnement économique dynamique et favorable afin que la jeunesse sénégalaise réalise son plein potentiel et soit acteur de la construction d’un Sénégal prospère pour tous. »

Lola Renaudat

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