Royaume-Uni : fragilisé, Keir Starmer promet de relancer son mandat et de « prouver à ses détracteurs qu’ils ont tort »

Londres – Affaibli par une défaite électorale locale et contesté jusque dans son propre camp, le Premier ministre britannique Keir Starmer a tenté, lundi 11 mai, de reprendre l’initiative. Lors d’un discours présenté comme décisif pour la suite de son mandat, le dirigeant travailliste a promis de « prouver à ceux qui doutent qu’ils ont tort », tout en esquissant un repositionnement stratégique, notamment vis-à-vis de l’Europe.

Arrivé au pouvoir en 2024 après quatorze années de gouvernements conservateurs, le chef du Labour fait face à une chute continue de popularité, sur fond de stagnation économique et de hausse du coût de la vie, aggravée par les tensions internationales.

Un mandat fragilisé

« Je sais que les gens sont frustrés […] et certains sont déçus de moi », a reconnu Keir Starmer, qui s’efforce de contenir une contestation interne grandissante. Les élections locales de la semaine passée ont marqué un recul significatif du Labour, concurrencé à la fois par le parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage dans ses bastions populaires, et par les Verts dans les grandes villes.

Ses détracteurs dénoncent une ligne politique jugée hésitante, ainsi que plusieurs polémiques, dont la nomination controversée de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington. Au sein du parti, certains élus évoquent désormais ouvertement l’hypothèse d’un changement de leadership.

Tentative de « nouveau cap » européen

Face à ces critiques, Keir Starmer a plaidé pour un rapprochement avec l’Union européenne, dix ans après le référendum sur le Brexit. « Ce gouvernement travailliste se distinguera par sa volonté de reconstruire nos relations avec l’Europe », a-t-il affirmé, évoquant un « nouveau cap » à l’approche d’un sommet UE–Royaume-Uni attendu cet été.

Le gouvernement travaille notamment sur un mécanisme d’« alignement dynamique » des normes, en particulier alimentaires, afin de fluidifier les échanges commerciaux. Le Premier ministre a également estimé que le Brexit avait « appauvri et affaibli » le pays, prenant à partie Nigel Farage, qu’il a qualifié d’« opportuniste ».

Une réponse économique encore limitée

Sur le plan intérieur, Keir Starmer a jugé que « des changements progressifs ne suffiront pas » et promis une « réponse plus forte » aux difficultés économiques. La seule mesure concrète annoncée reste toutefois l’intention de nationaliser le sidérurgiste British Steel, déjà placé sous contrôle public en 2024.

Il a également affirmé vouloir empêcher l’entrée sur le territoire de militants d’extrême droite attendus pour une manifestation organisée par Tommy Robinson.

Une fronde encore contenue

La question de son maintien à la tête du Labour reste posée. L’ancienne ministre Catherine West a évoqué la possibilité de déclencher une procédure interne pour le remplacer, à condition de réunir le soutien nécessaire parmi les députés.

Plusieurs noms circulent, dont Angela Rayner ou Wes Streeting, sans qu’aucune candidature ne s’impose à ce stade. Le maire du Grand Manchester, Andy Burnham, figure populaire du parti, reste pour l’instant inéligible faute de siège au Parlement.

Malgré les tensions, aucun responsable majeur n’a appelé publiquement à la démission du Premier ministre, signe d’une prudence persistante au sein du Labour, soucieux d’éviter une instabilité comparable à celle qu’ont connue les conservateurs en 2022.


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