Le 8 mai dernier se tenaient les élections locales en Grande-Bretagne, alors que le Premier ministre anglais souffrait déjà d’une popularité basse. Les partis radicaux, notamment d’extrême droite, ont opéré les plus importantes progressions, au profit du parti des Travaillistes. Battu et en difficulté, Starmer exclut de démissionner du 10 Downing Street.

Le premier ministre britannique, Keir Starmer, voit son poste de Premier ministre débattu jusque dans son parti après les sinistres résultats de son parti HOUSE OF COMMONS/AFP
Si Keir Starmer est arrivé au pouvoir avec une large majorité en juillet 2024, il a assuré « assumer la responsabilité » de ces résultats « très difficiles ». Le Premier ministre a également ajouté « je ne vais pas partir et plonger le pays dans le chaos » en affichant sa « détermination à mettre en œuvre les changements » promis. En Angleterre, les résultats quasi définitifs (complets pour 129 des 136 conseils locaux) donnent Reform largement en tête avec 1 426 sièges conquis, contre 954 pour le Labour, qui en perd 1 375. Le chef du gouvernement a exclu de démissionner vendredi, avant même de connaître l’ampleur de la défaite. En Écosse, les indépendantistes du SNP ont conservé la première place, mais sans majorité absolue, avec 57 députés sur 129, selon des résultats quasi-définitifs à 22 H 30. Ils devancent le Labour qui recule à 17 sièges (-3), et Reform UK, qui obtient 15 sièges.
Les travaillistes de M. Keir Starmer ont subi vendredi une défaite électorale historique en Grande-Bretagne, perdant pour la première fois leur fief gallois lors d’élections locales marquées par la progression du parti d’extrême droite Reform UK. Les travaillistes dirigeaient alors le Parlement gallois depuis sa création en 1999, mais n’ont sauvé que neuf sièges, selon le décompte définitif de la BBC. Le parti nationaliste de gauche Plaid Cymru arrive en tête avec 43 sièges sur 96, sans majorité absolue donc, suivi de près par le parti anti-immigration de Nigel Farage Reform UK (34 sièges).
Starmer plus que jamais en difficulté
Partout, le Labour a payé l’impopularité de Keir Starmer, 63 ans, sur fond d’économie en panne et d’augmentation du coût de la vie, accentuée par la guerre au Moyen-Orient. Ses détracteurs déplorent ses multiples faux pas, revirements et polémiques, à l’image de la nomination comme ambassadeur à Washington de Peter Mandelson, une figure travailliste contestée. Ce scandale a suscité au sein même de son parti des appels répétés à sa démission. La cheffe du Labour gallois, Mme. Eluned Morgan, tout juste évincée de son siège, a quant à elle appelé le gouvernement à « changer de cap ». Les travaillistes sont donc divisés : certains ministres ont serré les rangs autour de M. Keir Starmer, comme le vice-Premier ministre M. David Lammy estimant qu’« on ne change pas de pilote en plein vol « , quand d’autres doutent. « À moins que le gouvernement n’apporte des changements significatifs et urgents, le Premier ministre ne pourra pas mener (le Labour) lors des prochaines élections », a jugé l’ancienne ministre Mme. Louise Haigh. Le chef du gouvernement « va subir des pressions pour partir », estime auprès de l’AFP Tim Bale, professeur de sciences politiques à la Queen University de Londres. Mais l’absence de successeur évident lui offre « probablement un sursis », juge-t-il.
Le reform Uk en grand gagnant
Ces résultats attestent de la fragmentation du paysage politique, comme ailleurs en Europe. De nombreuses collectivités locales sortent du scrutin sans majorité claire parmi les principaux partis. « Le bipartisme est mort et enterré », a commenté le leader des Verts, Monsieur Zack Polanski. À Leyburn, dans le North Yorkshire, Christina Bloom, retraitée de 75 ans, voit dans la percée de Reform un « vote de protestation ». « Farage a profité du fait que les Tories et le Labour ont menti aux gens depuis très longtemps ». Le parti d’extrême droite Reform UK a progressé quasiment partout, à la fois dans des bastions travaillistes du nord de l’Angleterre et des Midlands (centre), mais aussi dans certains fiefs conservateurs de l’est du pays. Il a pris le contrôle de treize collectivités, dont l’Essex et le Suffolk (est) et le borough londonien de Havering. « Nous n’avons pas seulement fait s’écrouler le +mur rouge+ (les bastions travaillistes), nous avons également fait s’écrouler le mur bleu (les fiefs conservateurs. C’est une réussite fantastique », s’est enthousiasmé Nigel Farage, l’homme fort du parti, dans la soirée depuis l’Essex.
Pour Le Monde