Maternité de Lannion : entre colère et compréhension, les avis se divisent

Julia Ballanger a accouché le 30 septembre près d’un rond-point de l’Institut Universitaire Technologique à Lannion alors qu’elle se rendait à la maternité de Guingamp avec son compagnon. Bien que leur fils Mattéo soit né sans complications à 7h20, cette habitante de Saint-Quay-Perros raconte avoir eu « peur » et s’être sentie « humiliée ». Et pour cause depuis le 28 septembre 2024 et jusqu’au 31 janvier 2025, il ne sera plus possible d’accoucher à la
maternité de Lannion. Les femmes enceintes doivent donc se rendre à la maternité de Guingamp ou de Saint-Brieuc, ce qui ajoute un temps de trajet de 30 minutes à une heure, avec un risque de complications en raison de la distance.

C’est dans un communiqué de presse du 14 septembre que l’Agence Régionale de Santé a pris cette décision, en invoquant des « difficultés de recrutement des professionnels ». En raison d’un sous-effectif, avec seulement 6 sage-femmes et gynécologues-obstétriciens au lieu des 12 normalement requis, la qualité des services n’est plus jugée adéquate. « La présence 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 est absolument indispensable et obligatoire pour la prise en charge des accouchements », une exigence désormais compromise. Cette décision, prise par l’ARS et la commission technique de la conférence régionale de la santé et de l’autonomie, est sans appel.

Cet événement n’a pas manqué de faire réagir M. Tarenton, président du comité de défense de l’hôpital, qui déclare : « Ce n’est pas normal. Un accouchement ne se contrôle pas, c’est un moment de joie, de respect et d’amour ». Il souligne qu’en 20 ans, l’hôpital et les administrations sont entrés dans une « logique comptable », marquée par l’absence de position de la mairie et un manque d’engagement de l’ARS. Pour M. Tarenton, la surcharge de travail du personnel, ainsi que le non-remplacement des arrêts maladie et des départs à la retraite, doivent cesser. Une manifestation est prévue ce samedi 5 octobre à 14h, sur la place Marchallac’h à Lannion, pour protester contre la « fermeture » de la maternité et exiger le respect du droit fondamental à l’accès à la santé.

Cependant, les contestations de M. Tarenton ne font pas l’unanimité. Lors d’une conférence de presse, René Le Gaouyat, maire et président du conseil d’administration de l’hôpital, a assuré que cette situation de « crise » est prise très au sérieux et qu’il ne reste pas « les bras croisés ». Sonia Lachiver, directrice de l’hôpital, a expliqué que tous les efforts sont concentrés sur la politique de recrutement de sage-femmes et de gynécologues-obstétriciens. « Il ne s’agit pas de fermer la maternité, mais de réfléchir à de nouveaux aménagements en fonction des évolutions sociales, économiques et politiques », a-t-elle souligné. Pour la directrice, la qualité des soins reste au centre des préoccupations. Avec seulement 500 naissances par an à la maternité de Lannion, le manque de pratique des professionnels ne permet pas d’optimiser leurs compétences.

René Le Gaouyat et Sonia Lachiver regrettent que M. Tarrenton, fils du chef de l’opposition municipale, « remette de l’huile sur le feu » avec l’organisation de la manifestation de samedi, estimant que cela n’apportera aucune avancée constructive et retardera la recherche de solutions.

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