Le Premier ministre britannique sous pression, après sa défaite aux élections locales.

Les travaillistes de Keir Starmer ont subi vendredi une défaite électorale historique en Grande-Bretagne, perdant pour la première fois leur fief gallois lors d’élections locales marquées par la progression du parti d’extrême droite Reform UK.

Keir Starmer, Premier ministre britannique et chef du parti travailliste, s’adressant aux sympathisants à Londres à l’issue des élections locales | Photo : AFP

Le parti Labour, travailliste, de Grande-Bretagne à perdu les élections locales du Pays-de-Galle ce 8 mai. Le Parlement gallois qu’ils dirigeaient depuis sa création en 1999, a fait chuter Eluned Morgan, tête de liste pour Labour n’ayant sauvé que neuf sièges, selon le décompte définitif de la BBC.

Arrivé au pouvoir avec une large majorité en juillet 2024, Keir Starmer a assuré « assumer la responsabilité » de ces résultats « très difficiles ». Mais « je ne vais pas partir et plonger le pays dans le chaos », a-t-il ajouté, affichant sa « détermination à mettre en œuvre les changements » promis.

Des résultats peut escompter pour les travaillistes.

Pour les résultats, le parti nationaliste de gauche Plaid Cymru arrive en tête avec 43 sièges sur 96, sans majorité absolue donc, suivi de près par le parti anti-immigration de Nigel Farage Reform UK (34 sièges), qui marque une très nette progression.

En Écosse, les indépendantistes du SNP ont conservé la première place, mais sans majorité absolue, avec 57 députés sur 129, selon des résultats quasi-définitifs à 22H30. Ils devancent le Labour qui recule à 17 sièges (-3), et Reform UK, qui obtient 15 sièges.

Keir Starmer, contraint de quitter Downing Street ?

Partout, le Labour a payé l’impopularité de Keir Starmer, 63 ans, sur fond d’économie en panne et d’augmentation du coût de la vie, accentuée par la guerre au Moyen-Orient.

Ses détracteurs déplorent ses multiples faux pas, revirements et polémiques, notamment la nomination comme ambassadeur à Washington de la figure travailliste contestée Peter Mandelson. Ce scandale a suscité au sein de son parti des appels répétés à sa démission. Pour, la cheffe du Labour gallois et tête de liste de ces élections au Pays-de-Galle, Eluned Morgan, appelle legouvernement à « changer de cap ».

Plusieurs ministres ont serré les rangs autour de Keir Starmer, le vice-Premier ministre David Lammy estimant qu’« on ne change pas de pilote en plein vol ». Mais d’autres doutent : « à moins que le gouvernement n’apporte des changements significatifs et urgents, le Premier ministre ne pourra pas mener (le Labour) lors des prochaines élections », a jugé l’ancienne ministre Louise Haigh. Le chef du gouvernement « va subir des pressions pour partir », estime auprès de l’AFP Tim Bale, professeur de sciences politiques à la Queen University de Londres. Mais l’absence de successeur évident lui offre « probablement un sursis », juge-t-il.

Pour les partis d’opposition « Le bipartisme est mort et enterré », a commenté le leader des Verts, Zack Polanski. Son parti très à gauche, qui se décrit comme « éco-populiste », a sécurisé 343 sièges à ce stade du dépouillement, ravissant aussi au Labour les mairies londoniennes de Hackney (est) et Lewisham (sud).

Pour le parti d’extrême-droite, Reform UK, qui progresse de plus en plus dans le pays. Son leader Nigel Farade déclarait dans la soirée :

« Nous n’avons pas seulement fait s’écrouler le « mur rouge » (les bastions travaillistes), nous avons également fait s’écrouler le mur bleu (les fiefs conservateurs). C’est une réussite fantastique. »

Pour les Anglais, le Labour est un parti « mort »

Interrogé dans la City, le coeur financier de Londres, Ben Newmann, 50 ans, a dénoncé auprès de l’AFP « l’incurie » du gouvernement travailliste, tandis qu’un autre financier, Ian Tanner, 61 ans, étrillait « un niveau de taxation trop élevé ».

Christina Bloom, retraitée de 75 ans, voit dans la percée de Reform UK, le parti d’extrême-droite, elle déclare que c’est un

« vote de protestation ». « Farage a profité du fait que les Tories et le Labour ont menti aux gens depuis très longtemps ».

Un basculement pour la chambre des communes ?

Le nombre de siège dans les chambres des communes (équivalent de l’Assemblée Nationale en France) ne change pas siginficativement. Les conservateurs, emmenés par Kemi Badenoch, sont distanciés par les Libéraux-démocrates (centristes) d’Ed Davey, qui obtiennent 832 sièges (+152), contre 772 aux Tories (-552).

Ces résultats attestent de la fragmentation du paysage politique, comme ailleurs en Europe. De nombreuses collectivités locales sortent du scrutin sans majorité claire parmi les principaux partis.

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